Ce qui se passe actuellement à la Guadeloupe, à la Martinique ou à la Réunion est la caricature de ce qu’ont subi et continuent de subir les “ provinces ” de ce pays bien trop centralisé qu’est la France.

De tout temps ou presque, notre jacobinisme indécrottable a attiré vers Paris tout ce qui, à tort ou à raison, s’est accordé le mérite de pouvoir participer à la course à la notoriété. A force, nos “ pays ” se sont vu abandonnés à quelques rares familles à qui quelques réussites locales, récentes ou de fort longues dates, ont donné l’illusion d’une puissance absolue.

Les familles…

Quelle petite ville de province ne possède pas ainsi sa ou ses familles qui, encore de nos jours, prétendent dicter les bonnes mœurs et distribuer les bons points ? En contrepartie de ces charges auto attribuées de sages, de patriarches de pères en fils, s’est établies, au fil du temps, une sorte de droit de ces familles-là à la réussite financière, quels qu’en soient les moyens.

Chez nous, leurs membres ne se distinguent guère du vulgum pecus que par quelques signes extérieurs plus convenus qu’autre chose. Le costume trois pièces en fut un, mais, les choses évoluant, ces gens-là se sont aperçus que trop s’afficher les desservait plus qu’autre chose. On porte donc le jean, même s’il est de meilleure coupe et brisant mieux sur le soulier verni que celui de tout un chacun ! Dans nos départements d’outre-mer et plus particulièrement à la Guadeloupe, ces artifices vestimentaires paraissent bien sûr pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des enfantillages. Il y a là-bas une différence bien plus fondamentale qui est la couleur de la peau.

Droits auto acquis des “ békés ”

Il y a bien sûr des noirs “ entrés ” dans le système et sachant fort bien en profiter, comme il y a beaucoup de blancs qu’un minimum de sens de la justice solidarise des manifestations actuelles. Il n’en reste pas moins que, selon ce qu’on nous en révèle, la Guadeloupe serait entre les mains de quatre familles de “ békés ”, pas une de plus.

On sait ce que sont ces békés, dont il importe peu qu’ils descendent pour de bon des esclavagistes de jadis, mais dont il est indiscutable qu’ils sont les principaux bénéficiaires d’un système qu’on les a laissé mettre en place. Se partager les points névralgiques de l’économie, la distribution des carburants, la grande distribution, les transports, etc. ne leur a procuré ni problème, ni état d’âmes… N’était-ce pas là, pour eux, une sorte de droit d’essence quasi divine acquis du seul fait de la naissance ? S’y ajoute une inébranlable conviction, toujours selon eux, d’avoir apporté suffisamment aux populations indigènes pour pouvoir maintenant prétendre tout récupérer, principal et – larges – intérêts.

Ils ont le dos au mur

Malentendu entre gens d’origines différentes ? Si ce n’était que ça ! Qu’il s’agisse des caricaturaux “ békés ” des Antilles ou de ces innombrables “ responsables ” qu’encombrent nos prétentions à vivre et à nous développer hors leurs schémas essentiellement urbains, le résultat est le même et abouti aux mêmes incompréhensions.

A la Guadeloupe, comme à la Martinique, à la Réunion, en Guyane ou à Saint-Pierre-et-Miquelon, la seule vraie différence avec les difficultés que nous rencontrons tient à ce qu’il s’agit de milieux très isolés. Il n’y a pas de train à prendre, où que l’on soit dans ces lointains départements, pour échapper à la suggestion de ces situations. Les restrictions à la politique d’immigration vers la métropole et la crise en ont fait des injustices insoutenables.

Là où notre combat n’est que la défense d’un milieu – celui de nos villages – où nous prétendons mieux vivre qu’ailleurs, nos concitoyens “ outre marins ” comme il devient de mode de s’exprimer, n’ont pas d’autre alternative que de s’élever contre un ensemble de brimades qu’on leur inflige sur place et auxquelles ils ne peuvent pas échapper.

C’est pourquoi il est urgent de leur manifester notre totale solidarité. Ils ont le dos au mur. Nous, non. Ce n’est pas une raison pour oublier les sources de nos combats qui sont et seront éternellement les mêmes : mieux vivre pour tous, sans contrainte et en bonne entente. Sous une autre forme, c'est écrit au fronton des mairies, les leurs comme les nôtres.