Texte d'une note rédigée le 18 mai 2009 à la demande de Jacques Faine de l'association Mon village demain.
On dit deux évidences :
1) – Trop de monde dans les grandes villes – Ça coûte de plus en plus cher – On n’en verra jamais le bout – C’est intolérable…
2) – Plus on vide les campagnes, plus elles reviennent cher. C’est intolérable… Tout le monde est d’accord et applaudit des deux mains.
On essaie d’aller un tout petit plus loin en disant : Si on tentait de mieux équilibrer la répartition des populations sur le territoire, le besoin en infrastructures des villes serait moins pressant ; les infrastructures existant dans les campagnes seraient mieux valorisées, les populations rurales pourraient mieux supporter leur coût. Elles coûteraient donc moins cher à la collectivité. On ne rencontre plus alors que sourires polis et désintérêts… Le sujet est tabou ; pas question de le mettre à l’ordre du jour…
Si on prétend élever encore le débat en maintenant que le temps n’est plus où il n’était pas d’avenir, pour les entreprises, hors la « zone industrielle », et que le nombre de ces entreprises pouvant s’affranchir des contraintes de localisation est de plus en plus conséquent… on n’est même plus écouté !
Un constat : Depuis le temps qu’on maintient artificiellement le mouvement « de la campagne vers la ville ; de la ferme vers l’usine » – qui d’ailleurs n’existent plus en l’état, ni l’une ni l’autre – hormis le cas d’élections tout à fait locales (municipales, cantonales, à la rigueur législatives quand la circonscription est totalement rurale), la population rurale n’est plus audible. Même pour les régionales, dans la plupart des cas, le système électorale lui-même fait que, par souci d’efficacité, les candidats contraints de choisir sacrifieront les quelques voix que pourrait leur apporter le monde rural. Quand bien même leur sensibilité personnelle les y inclinerait (Ce qui peut se trouver, mais n’est pas toujours le cas !), ils ne peuvent pas se permettre de consacrer leur temps à quelques ruraux éparpillés pendant que leurs concurrents “ draguent ” les voix des masses urbaines.
C’est donc l’évolution démographique qui fait que, quoi que l’on fasse, on se retrouve dans une situation totalement en marge de la démocratie où une minorité artificiellement constituée – ce qui subsiste de la société rurale – est exclue de fait de la démarche républicaine.
Les citadins se détournent d’un débat dont ils ne voient pas la nécessité ; Les ruraux, qui n’ont plus la moindre illusion, ont renoncé depuis longtemps…
Comment s’étonner, dans ces conditions, qu’on puisse parler aux uns et aux autres de remises en causes d’acquis fondamentaux de la République sans qu’ils bronchent ?… Massacre des services publics ; révision de la carte judiciaire ; fermeture d’hôpitaux et de maternités ; massacre des communes (déjà bien engagé…) ; massacre des départements ; remise en cause des régions… De tout cela dont on se garde bien d’indiquer aux gens toutes les conséquences sur leurs droits et libertés, on ne leur souligne guère que les aspects les plus spectaculaires et de nature à flatter le goût du sensationnel propre à notre époque.
L’idée fourre-tout du « Grand Paris » en est un exemple typique. La pire concentration urbaine (jusqu’au Havre…) qui puisse exister, avec toutes les conséquences catastrophiques qu’on peut imaginer sur la qualité de vie et l’environnement… Très à la mode, avec l’aide de quelques annonces plus spectaculaires les unes que les autres (concours d’architectes, projet de tours monstrueuses…), elle focalise toute l’attention.
Allez, après ça, parler du devenir des villages…
Le mot “ village ” lui-même semble être devenu politiquement incorrect… Le modeste essai que j’ai publié en juillet 2006, sous le titre Le réveil des Villages est le seul de mes livres à m’avoir posé de réels problèmes d’éditions. Si, en fin de compte, il a pu voir le jour grâce à la ténacité d’un éditeur régional de mes amis et à l’aide du parc naturel régional du Morvan, il n’est pas un élu régional, un responsable d’aménagement ou un leader d’opinion quelconque qui ait osé aller au bout de ce que, dans un premier temps, on m’avait promis… Pas une réunion, pas un débat, pas une seule critique, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs…
Le silence peut avoir, on le sait, beaucoup de formes. Il peut être indifférent. Il le fut. Il peut être réprobateur. Il le fut aussi… Il peut être gêné ! Il le fut bien plus encore !
Même chose ou presque pour le blog que j’ai récemment tenté de lancer. Il est toujours accessible sous le titre <http://monvillagemonavenir.free.fr/> bien que j’en ai temporairement arrêté la rédaction tant les réactions étaient discrètes… Je compte la reprendre ultérieurement sous une autre forme technique.
Bref, ces quelques observations amènent, il faut bien le reconnaître à une impasse. On peut obtenir un relatif consensus d’un certain nombre de personnes dès lors qu’on ne dépasse pas le stade des idées. On ne parvient pas pour autant, jusqu’à maintenant, à mobiliser autour de revendications ou de projets précis.
Là où nous sommes quelques-uns à voir la formidable opportunité de développement à côté de laquelle notre société est en train de passer, et à revendiquer les moyens de le faire savoir, nous ne rencontrons, autour de nous, qu’approbation polie pour des points de vue jugé par le plus grand nombre, sinon sans intérêt, du moins trop anachroniques pour mériter plus…
S’il doit y avoir réveil – ce que je souhaite ardemment bien sûr – il ne viendra que du jour où on pourra imputer quelques graves déconvenues de notre société aux conséquences de l’abandon pur et simple de son espace rural dont elle se rend coupable. On peut d’ores et déjà écrire que, lorsque ce jour surviendra – s’il doit survenir – il n’y aura plus assez de ruraux pour pouvoir mener ce combat. La prise de conscience doit donc nécessairement venir de gens déjà coupés de leurs origines rurales.
Ce n’est pas pour rendre plus simple la pédagogie qu’il faudra bien mettre en œuvre… Mais le choix n’existe plus…
